C – 20 TO – « Être disciples du Christ, c’est accepter d’être parfois incompris par ceux que nous aimons. »

2019-08-24T08:22:33+01:0024 août 2019|

Chers frères et sœurs ! La fête de l’Assomption que nous avons fêtée jeudi marque le début de la fin des vacances d’été. Nous voyons déjà pointer à l’horizon la rentrée scolaire et pastorale. Je ne parle même pas de la reprise professionnelle car beaucoup ont déjà repris le travail. C’est donc le temps de faire une relecture de nos vacances et de notre été, à la lumière de la Parole de Dieu qui nous a accompagnés pendant ces mois. La Parole de Dieu met une lumière toute nouvelle sur notre vie, c’est une clef de lecture, un élan et un appel à la conversion. Un évangile qui nous disait, « là où est ton trésor, là aussi sera ton cœur », une manière de nous rappeler, avant la rentrée, de fixer les priorités, de veiller et réfléchir à ce qui sont vraiment les choses les plus importantes dans tous les champs de notre vie, avant de reprendre le nez dans le guidon. Abraham, notre père dans la foi, nous a aussi invités à sortir de la banalité du quotidien, à libérer notre âme dans une relation de confiance avec le Seigneur.

Avec Abraham, nous apprenons que croire, c’est faire confiance, c’est se confier, accueillir la Parole même quand elle nous brûle et nous bouscule. Croire, c’est dépasser les milles contradictions et paradoxes présents dans notre cœur, c’est affronter les difficultés de la vie en tenant allumée dans notre cœur la lumière de l’espérance, c’est relire, à la lumière de la Parole de Dieu les incohérences de notre vie, celle de l’Église et de toute communauté chrétienne. La foi est une lutte, un combat spirituel, jamais une certitude acquise ni une assurance-vie. Ce n’est jamais la simplification de nos questionnements. La foi est un don de Dieu, mais elle est aussi un apprentissage, une recherche, une quête permanente de sens.

Aujourd’hui, la Parole nous rappelle que l’annonce de l’Évangile, le témoignage de foi est un signe de contradiction. Notre monde, tellement aimé de Dieu, vit pourtant difficilement une ingérence divine et préfère souvent les ténèbres à la lumière, comme le rappelle saint Jean dans son prologue. Les disciples de Jésus sont plongés dans le monde, faits de chair et d’os comme tous les humains. Nous aussi, tout en étant chrétiens, nous portons les mêmes contradictions et les mêmes peurs que n’importe quel humain. Ce qui fait la différence, c’est la lumière de la foi qui nous a été remise. C’est cette lumière qui élargit notre cœur et nous met dans une condition nouvelle pour être capable d’aimer. Pour aimer le monde, nous devons aller à sa rencontre. Dans ce monde où nous vivons, nous témoignons de notre foi mais nous nous trouvons parfois blessés et humiliés ! Cela est normal ! Nous sommes disciples d’un Dieu crucifié qui, bien avant et plus gravement que nous, a souffert les humiliations, les crachats et la dérision.

Jérémie, prophète inquiet et persécuté, nous est présenté comme modèle à imiter. Né près de Jérusalem, passionné de Dieu et de son Peuple, le prophète Jérémie passe sa vie à convaincre le roi de Juda et tout Jérusalem de ne pas s’opposer à la naissante puissance babylonienne. Confiants en leur diplomatie, en l’apogée de l’empire assyriens et l’Égypte, ni le roi ni les Juifs n’ont voulu écouter les messages de Jérémie. Ils commencèrent donc à le persécuter. L’épisode de la Parole de Dieu de ce dimanche nous décrit la condamnation à mort dont Jérémie est sauvé in extremis : « Alors ils se saisirent de Jérémie et le jetèrent dans la citerne de Melkias, fils du roi, dans la cour de garde. On le descendit avec des cordes. Dans cette citerne il n’y avait pas d’eau, mais de la boue, et Jérémie enfonça dans la boue. »

Un prophète qui annonce la paix se voit persécuté. Il parle et appelle au bien et c’est le mal, la tragédie qui s’abattent sur lui. Les prévisions annoncées par Jérémie se sont avérées. Jérusalem est tombé sous la domination de Nabuchodonosor et plus de 8 milles chefs de familles et notables seront déportés à Babylone. Être disciple, c’est aimer tendrement les personnes auxquelles nous annonçons l’évangile. Être disciple et prophète, c’est chercher chaque jour la vérité et l’ayant trouvée, l’offrir aux autres, même quand ils ne veulent pas l’entendre. Être disciples, c’est accepter d’être parfois incompris par ceux que nous aimons.

Jésus le dit, en parlant dans son évangile. Après la chute de Jérusalem aux mains des Romains et la destruction du Temple de Jérusalem, les disciples de Jésus seront excommuniés du judaïsme. Cette exclusion et persécution causeront une grande douleur dans la communauté chrétienne naissante, à Jérusalem. Aujourd’hui encore, beaucoup font l’expérience de cette contradiction quand ils rencontrent Jésus ou embrassent la foi chrétienne. Alors qu’ils entrent dans la nouvelle famille des enfants des Dieu, la communauté des baptisés, pas toujours accueillante, ces nouveaux convertis souffrent souvent d’exclusion de la part de leur propre famille naturelle et culturelle. Je vous recommande pour cela un film : « le Prophète » qui nous décrit l’histoire d’un jeune musulman qui se convertit au christianisme et comment il a été exclu, rejeté et persécuté par sa propre famille. Pas besoin de chercher un chrétien converti de l’Islam pour vivre et voir le déchaînement de la persécution. Il nous suffit de regarder dans nos propres familles. Des parents sont déchaînés férocement sur le fils ou fille quand ils ont fait le choix radical de consacrer leur vie au Seigneur, au lieu de devenir ingénieur ou avocat. Sans aller jusqu’à ces excès, je crois que chacun de nous a un jour constaté le changement d’attitude des frères et sœurs, des collègues au travail qui se sont parfois moqués de vous parce que vous êtes chrétiens, surtout dans certains milieux professionnels. Tel est notre sort : être chrétien, c’est accepter de subir le même sort que Jésus. Il a été persécuté jusqu’à mourir… et chaque jour, il nous appartient de témoigner un petit ou un grand martyre, nos pas dans les siens ! Les chrétiens sont persécutés parce que Jésus a été persécutés.

Jésus nous dit qu’il est le feu ! Il apporte un feu qui brûle ce qui en nous, dépérit. Il a apporté un feu qui illumine, qui réchauffe, qui consume le mal en nous. Mais, on dirait que ce feu a cessé de brûler dans nos cœurs et dans nos communautés chrétiennes. Si le fait d’être chrétien se mesure à l’intensité du feu qui brûle en nous, je pense que les pompiers de la foi doivent être au chômage ! Nous sommes devenus tellement tièdes et le monde ne voit plus le feu du Christ brûler en nous. Nous brûlons et d’envie et d’amour pour tant de choses, pour tel gadget, pour telle personne, pour telle équipe de foot, de rugby ou telle star… mais, y a-t-il encore un peu de feu qui brûle en nos cœurs pour le Christ, à tel point que nous pensons si souvent à lui dans nos journées trop remplies ?

Vous est-il arrivé de ne penser qu’à lui, de désirer témoigner de ce feu de votre amour pour le Christ à votre collègue de travail, et le faire sans fanatisme ni simplification ? Vous arrive-t-il de défendre le Christ dans un débat, quand il est injurié, moqué, comme cela arrive souvent dans les médias. Un ami me disait récemment que même les prêtres et les évêques n’osent plus défendre le Christ quand il est injurié, pour ne pas faire de vague ! On voit les musulmans et les juifs monter au créneau quand leur religion est méprisée ou discriminée… mais rares sont les chrétiens qui montent au créneau quand on se moque de notre Seigneur. D’ailleurs, dès qu’un chrétien essaye de défendre publiquement sa religion, ce sont même d’autres chrétiens qui le qualifient de fanatique et d’extrémiste. Mes amis, si vous n’avez jamais été moqués pour vos convictions chrétiennes, c’est un très mauvais signe ! Soit vous vivez dans un monastère (ce qui n’est pas le cas !), ou alors cela veut dire que rien dans votre vie ne montre que vous êtes chrétiens.

Quand saint Ignace de Loyola, le fondateur de la compagnie de Jésus envoya ses douze compagnons annoncer l’Évangile jusqu’aux extrémités du monde connu jusqu’alors, il leur dit le jour de leur départ : « Allez, et incendiez le monde ! » Oui, être chrétien, c’est chercher à brûler d’amour pour Jésus et pour le prochain. Nous devons rallumer le feu de notre foi et arrêter d’être des chrétiens tièdes qui ne donnent pas envie et qui ont honte de témoigner, de s’afficher dans la société. Que le Seigneur allume en nous ce feu d’amour pour en brûler dans l’Église, dans nos familles et dans le monde. Amen

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Ancien curé de l'ensemble paroissial