C – 21 TO – « Ne cédez pas à la facilité, tenez bon, bataillez… prenez « la porte étroite », nous dit le Seigneur ».

2019-08-30T23:58:52+01:0030 août 2019|

Mes chers frères et sœurs ! Dans cet évangile se trouve une grande question : « Seigneur, n’y a-t-il que peu de gens qui soient sauvés ? ». Chacun s’est probablement demandé un jour : « Au ciel, y a-t-il quelque chose vraiment ? et puis, s’il y a des gens au ciel, est-ce que j’y serai moi aussi ? ». Cette question manifeste la peur profonde que nous avons de nous perdre, de finir dans le néant, peur des ténèbres et de l’obscurité de la nuit éternelle. Poser cette question révèle notre profonde inquiétude et angoisse par rapport à l’au-delà.

Jésus y répond en nous disant : «  Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite, » Le verbe « s’efforcer » en grec est « agonizo » et veut dire lutter, combattre. L’agon est le lieu de la lutte et des combats. Cela me fait penser à une des oraisons du rituel pour l’onction des malades, en particulier quand il s’agit de l’extrême onction car la personne vit ses derniers instants. Nous prions Dieu en disant : «  Seigneur, regarde ton Serviteur qui mène son dernier combat contre la mort… ». Dans cette prière, il est bien exprimé que nous sommes faits pour la vie et qu’au moment de l’agonie, nous luttons, nous menons notre dernier combat contre la mort.

S’efforcer, comme le dit Jésus, c’est combattre, lutter, rester ferme sur notre objectif. Une porte étroite indique un lieu difficile d’accès, une situation compliquée ; chose que nous expérimentons devant des problèmes, des questions, des situations qui nous paraissent sans issue. Devant certaines difficultés de la vie, Jésus nous rappelle que nous devons persévérer, c’est-à-dire, ne pas baisser les bras, engager toutes nos forces, éviter tout découragement, se relever après une chute au lieu de rester dans la boue dans laquelle nous sommes tombés. Persévérer, c’est être tenace, savoir attendre et patienter, accepter même une défaite apparente et momentanée sans dévier de notre objectif, du but, de l’idéal de départ, sans se laisser terroriser par la difficulté. Cela veut dire qu’il faut une discipline, beaucoup de travail.

Tout ce qui dans la vie est profond, essentiel, important et significatif implique une lutte, de la discipline, de la patience et du travail, et ne s’obtient pas d’un coup de baguette magique, en un instant, d’un claquement des doigts. Pour réaliser un objectif important, je dois persévérer, patienter, m’y mettre de toutes mes forces, toute mon attention, tout mon amour et je dois parfois essayer, réessayer, reprendre plusieurs fois sans céder au découragement.

Ce n’est pas cela que nous dit la société actuelle qui nous fait croire qu’en toute chose nous pouvons obtenir et faire « tout et maintenant », « en un instant ». Avec le téléphone, nous sommes connectés avec l’autre bout du monde, à l’instant T. Avec le micro-onde, je réchauffe mon repas en deux minutes, avec la télé nous voyons à l’instant même ce qui se passe au G7 à Biarritz ou l’incendie de la Forêt Amazonienne, à des milliers des kilomètres d’ici. Avec un bip, vous ouvrez le portail de votre maison à distance pour ne pas attendre ! Certains jeux virtuels ou télévisuels nous promettent en un instant de devenir millionnaire ou une « grande star ». De manière inconsciente, prend peu à peu forme en nous, l’idée que tout peut être obtenu en un instant… Mais la réalité nous dit tout le contraire ! Nous voyons l’incendie de l’Amazonie en un instant… mais nous sommes impuissants et incapables de l’éteindre ! Nous détruisons un arbre en un instant, mais pour faire pousser un autre arbre, il faut beaucoup de temps, de travail et de patience !

La réalité de la vie n’est pas aussi simple ! Pour comprendre mes propres peurs, pourquoi je réagis en hurlant lorsque quelqu’un me fait une observation désagréable, pourquoi je ne parle plus lorsque quelqu’un hurle contre moi, pourquoi je m’enferme et je deviens tellement timide en perdant tous mes moyens jusqu’à en avoir honte, ou pourquoi je souffre de panique ou que je ne dors plus la nuit… tout cela est tellement important et souligne l’illusion « du tout, ici et maintenant ». Le prêtre, l’accompagnateur spirituel, le médecin, le psychologue, le psychiatre, le coach ou conseiller conjugal nous dit que pour résoudre ces problématiques, cela demandera beaucoup de travail, de séance, de la patience, des larmes même et beaucoup de temps. Ils nous disent que nous devons chercher les causes profondes, que nous devons chercher à comprendre, se remettre en question, creuser, chercher… tout cela signifie batailler ! Autrement, nous ne nous en sortirions jamais !

Pour faire naître un enfant, il faut bien neuf mois de travail et d’attente, de joie et parfois de douleur ! Un enfant ne vient pas du droit, d’une simple loi ou d’un simple désir comme on veut nous le faire croire aujourd’hui. L’éducation d’un enfant exige aussi beaucoup de discipline et de patience des parents. Pour que ma foi grandisse et soit enracinée et ferme, je dois faire des efforts, être tenace avec moi-même, lutter, me donner une discipline. Je ne vais à la messe et je ne prie pas seulement quand cela me convient : parfois je dois lutter contre ma propre flemme spirituelle,, contre la grosse chaleur d’été, accepter de sortir de la couette pour défier le froid d’hiver pour répondre à l’invitation du Christ. Je dois parfois savoir le dire aux amis qui débarquent à l’improviste dimanche matin et rappeler que la messe est pour moi un rendez-vous important, le signifier au mari ou à l’épouse qui râle parce qu’encore une fois je dois le ou la laisser dimanche matin au lieu de rester ensemble à la maison, accepter les humiliations et les moqueries des amis ou de mes grands enfants qui m’appellent « grenouille de bénitier » seulement parce que pour moi la messe est très importante ! Tout cela est une lutte qui n’est pas facile !

Si dans votre couple, mari et la femme ne se parlent sérieusement qu’une fois l’année, puis basta, le couple ne se construit pas sur du solide ! Au contraire, pour consolider son couple, il faut prendre le temps ensemble, accepter les fragilités de l’autre, patienter, bien communiquer et se parler régulièrement, et pas seulement au moment des crises ; faire des DSA mensuels (Devoir de S’Asseoir, ce qu’enseignent les Équipes Notre Dame), prendre des vacances ensemble, prier ensemble, regarder un film ensemble, accepter de perdre du temps en faisant simplement une promenade ensemble… Tout cela est aussi un combat, une discipline ! Si on ne se bat pas pour son couple, si on baisse les bras devant les difficultés, le couple va à sa disparition ! Si tu ne fais aucun effort pour prendre soin de ton couple, la séparation te coûtera cher économique, mais encore plus affectivement ! Dans la vie, si j’ai un peu d’amour pour moi-même, je dois lutter pour moi-même, persévérer parce que je ne peux grandir ni guérir « tout et tout de suite, ici et maintenant, en un instant ». Ceci nous appelle, dans la vie, à ne pas céder à la facilité mais à tenir bon, faire des efforts… et surtout pour les choses les plus importantes de notre vie.

Une phrase terrible nous a probablement choqués dans cet évangile. Se retrouver devant Dieu et l’entendre nous dire : « ‘Je ne sais pas d’où vous êtes », ou alors, « Je ne connais pas qui vous êtes » est quelque chose de terrible. Aller chez son propre père et entendre ces mots-là est terrifiant. Pourtant cette phrase est une mise en garde pendant que nous sommes encore ici-bas ! Dieu ne nous condamne jamais et ne peut jamais nous fermer son cœur ! Cependant, il y a un problème ! Ici-bas, nous passons notre vie à porter de masques, et montrer des apparences à Dieu et aux autres. Malheureusement des gens passent leur vie à porter des masques devant les autres, à vivre des rôles comme si la vie était un théâtre ou une comédie, en menant une vie inauthentique et fausse ! Nous sommes dans une culture où l’image et les apparences sont plus importantes que la réalité. Conséquence : on se cache, on se ment et on ment aux autres ! Nous donnons l’image d’être des bons cathos alors que nous passons notre vie dans la franc-maçonnerie, nous sommes chez les médiums toutes les semaines ! Je passe pour l’époux, le père modèle alors qu’à la maison je suis violent. Dans la communauté, je donne l’apparence d’être pieux et saint et pourtant je dénigre les autres paroissiens et les critique tout le temps dans leur dos. Je porte en moi des fragilités énormes et pour les cacher, j’écrase les autres, en imposant mes opinions sur tout, je suis incapable d’écouter une idée différente de la mienne! Je porte souvent le masque du plus intelligent, du plus fort, du plus puissant, de celui qui sait tout ! Je m’endette pour m’acheter des vêtements de luxe, pour m’acheter une voiture de luxe pour montrer que je suis riche, branché… Ce sont là nos contradictions que Jésus dénonce !

Si je passe ma vie à porter un masque devant Dieu qui voit tout et sait tout, ne nous étonnons pas que plus tard il nous dise : « Éloigne-toi de moi car je ne te connais pas ! Tu as tellement passé ta vie sur terre à te cacher et à montrer une image qui ne correspond pas à la vérité de ta vie ! » La réponse de Dieu nous fera tellement mal, mais elle sera à la hauteur de l’hypocrisie de l’image, des masques et des apparences dans lesquelles nous aurons vécu ici sur terre. : « Nous avons mangé et bu en ta présence, et tu as enseigné sur nos places.Il vous répondra : ‘Je ne sais pas d’où vous êtes. Éloignez-vous de moi, vous tous qui commettez l’injustice.’ » Tous nos mérites, nos décorations ecclésiastiques, publiques, politiques, la belle réputation basée sur les apparences et le mensonge n’auront aucun impact sur Dieu car il sait tout sur tout !

Jésus ne veut pas nous faire peur dans cet évangile mais nous appelle à une vie dans la vérité, sans masques ni feintes. A notre mort, nous récolterons ce que nous aurons semé pendant notre vie terrestre ! La vie est comme un boomerang : tout ce que nous lançons nous revient à la figure ! Si ici-bas nous sommes dans la haine, l’iniquité, si faire du mal est le boosteur de notre vie, c’est cela que nous récolterons devant Dieu plus tard.

Mes chers amis, cet évangile nous appelle à la conversion. Il n’est jamais trop tard pour revenir à la vérité et se montrer à Dieu et aux hommes tels que nous sommes. Ne perdons plus le temps, avant que cela ne soit trop tard. Revenons au Seigneur de tout notre cœur, revenons à la vérité, au bien, au beau, à la vraie simplicité… parce que notre éternité bienheureuse en dépendra. Que le Christ qui nous nourrit aujourd’hui nous donne aussi de vivre, dès ici-bas, tournés vers l’éternité que lui seul peut donner. Amen.

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Ancien curé de l'ensemble paroissial