Homélie XXIe dimanche – année C

2018-01-28T20:21:07+01:0021 août 2016|

Frères et Sœurs bien aimés,

Les textes bibliques de ce dimanche nous révèlent un Dieu qui veut rassembler tous les hommes. Il est le « Dieu pour tous !» C’est le message que nous trouvons dans la 1ère lecture tirée du livre d’Isaïe : « Je viens rassembler les hommes de toute nation et toute langue. » Et Jésus renchérit dans l’Evangile que nous avons entendu : « On viendra de l’Orient et de l’Occident, du Nord et du Midi, prendre place au festin dans le Royaume de Dieu. » Notre Dieu est donc un Dieu pour tous. Son visage n’a rien à voir avec celui que nous présentent des religions ou des idéologies qui prêchent la division et la séparation. Ce monde dans lequel nous vivons, un monde qui va si mal, un monde divisé, fractionné et morcelé par la haine, un monde où le fort, le plus fort, écrase le faible, le plus faible, c’est encore un monde que Dieu aime et qu’Il veut sauver ; Il veut rassembler toutes les nations dans la nouvelle Jérusalem qui sera une Montagne Sainte où toute larme sera séchée et toute souffrance transfigurée.

En effet, la question posée à Jésus par l’un de ses auditeurs : « N’y aura-t-il que peu de gens à être sauvés ? », est une question qui alimentait les discussions entre rabbins. Nous pouvons nous la poser également : « Combien de nous qui sommes ici serons sauvés ? Moi qui suis là dans cette église serai-je sauvé ? Ma famille, les miens, mes amis seront-ils sauvés ? » A l’époque de Jésus, deux écoles rabbiniques s’opposaient sur ce sujet. L’une affirmait que « tous les israélites auraient part au monde futur » et l’autre prétendait que « ceux qui périssent sont plus nombreux que ceux qui seront sauvés. » Nous comprenons par-là que le salut concernerait seuls les israélites. Les deux écoles excluaient systématiquement les non-juifs. Mais ces querelles d’écoles ne touchent pas Jésus. Il détourne la question lui posée. Il y répond par une exhortation : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite. » Le problème n’est donc pas de s’interroger sur le petit ou le grand nombre des élus mais de prendre au sérieux notre vie. Pour Jésus, la porte étroite n’est pas réservée à une élite ou à un peuple élu, elle est réservée à tous car « On viendra de l’Orient et de l’Occident, du Nord et du Midi, prendre place au festin dans le Royaume de Dieu. » Nous savons aussi que le Royaume des cieux dont parle Jésus n’est pas une maison ou un lieu avec un portail, il est la « vie éternelle » or « la vie éternelle c’est qu’ils te connaissent toi, le Seul Vrai Dieu, et celui que tu as envoyé », dit Jésus dans sa longue prière avant sa mort (Jean 17).

L’Evangile nous indique les conditions requises pour entrer dans ce rassemblement : « Efforcez-vous d’entrer par la porte étroite », nous dit Jésus. Il n’est évidemment pas question d’écraser et de piétiner quelqu’un pour se frayer un passage. Pour passer par la porte étroite, il faut se faire petit. C’est la logique car la porte est déjà étroite. Il ne faut pas être imbu de notre orgueil et de nos certitudes. En définitive, cette porte étroite est celle de la miséricorde. Si nous réfléchissons bien, nous comprendrons que ce qui est étroit, ce n’est pas la porte, c’est notre cœur. Mais l’appel du Seigneur est toujours bien présent : « Convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle. » La deuxième lecture nous a parlé d’un Dieu qui conseille comme un père qui reprend ses enfants pour leurs biens. Ce n’est pas Dieu qui ferme la porte de sa maison. Bien au contraire. Du coté de Dieu, la proposition du salut est universelle. Mais l’amour de Dieu ne serait pas de l’amour sans liberté. Dieu a pris le risque de nous donner la liberté et la responsabilité. L’Evêque d’Hippone, Saint Augustin disait que si Dieu nous a créés sans nous, Il ne nous sauvera pas sans nous. L’Evangile nous crie la tendresse de Dieu pour tous, c’est à nous de l’accueillir ou non. Dans sa miséricorde, Dieu court chercher la brebis égarée, il attend l’enfant prodigue, Il réhabilite la femme adultère, Il répond à l’attente de Zachée en venant chez lui, Il accueille la conversion de Marie Magdeleine, il pardonne le reniement de Pierre et accueille, le premier accueilli au paradis, un Larron.

Et chaque fois que l’on questionne Jésus sur le salut, Jésus refuse de répondre en termes statistiques, ce qui supposerait déjà achevée l’histoire de chacun. Or elle n’est achevée qu’au jour de notre rencontre avec Dieu. Du moment que nous vivons encore nous devons nous accrocher avant qu’il ne soit tard car beaucoup chercheront à entrer et ne le pourront plus. La porte sera fermée et que rien ne pourra ouvrir. Et au dehors de la porte, il y aura les pleurs et les grincements de dents. Evitons donc de faire le mal car Dieu dira aux méchants au dernier jugement : « Eloignez-vous de moi, vous tous qui commettez de l’injustice.» La condition nécessaire pour entrer dans le Royaume de Dieu est de pratiquer l’amour et la justice à l’égard du prochain. Il ne suffit pas de manger à la table du Seigneur, à participer à plusieurs messes et communier autant des fois, ce qui est déjà bon pourtant, mais en plus, il faut vivre du Seigneur, vivre comme Jésus.

La porte étroite est celle que le Christ a franchie. En mourant sur une croix et en ressuscitant, Il nous a ouvert un passage vers la vie éternelle. Un jour, Il a dit : « Je suis la porte des brebis. Celui qui entrera par moi sera sauvé. » (Jn 10,9). La porte est la personne même de Jésus qui est « le chemin, la vérité et la vie. »

 

Pour finir, retenons deux choses importantes :

  • Nous devons marcher et avancer vers le Seigneur avec la multitude de ceux qu’Il appelle. Le Vrai Dieu est le « Dieu pour tous » et la vraie Eglise est universelle, elle est une assemblée, un rassemblement. Que ceux qui se refusent d’aller prier avec toute la communauté le dimanche en église comprennent qu’ils s’isolent de la communion ecclésiale. J’ai eu du mal d’entendre un enfant déclarer qu’il ne franchira plus la porte de l’église jusqu’à ce que les attentats finissent en France. Et pourtant les attentats se commettent souvent en dehors des églises. Et mourir en pleine prière est une grâce car la mort est une fatalité.
  • La miséricorde de Dieu nous appelle à devenir petit. Il s’agit de se convertir. Le salut est offert à tous mais rien n’est possible sans notre accueil. Le sacrement de la réconciliation permet d’accueillir la miséricorde de Dieu. J’ai eu la chance de confesser des paroissiens pleins de confiance en la miséricorde de Dieu et se jettent dans les bras du Seigneur qui pardonne sans limite. Malheureusement, certains des paroissiens m’ont avoué avoir passé plus de 5 ans sans se confesser. Communier dans un état de péché grave est comme inviter son ami dans sa maison sans avoir fait la propreté de la maison. Une maison salle ne peut recevoir un invité d’honneur tout comme un bon plat de repas présenté dans une assiette sale coupe l’appétit.

Prions le Seigneur pour qu’Il nous aide à nous débarrasser de tout ce qui nous encombre et de tout ce qui retarde notre marche à sa suite.

Amen !

Père Jérémie KALUMIRE